Extraits du livre

Quelques extraits
tirés d’Oser Rêver

La guerre…
Menaces

Il y avait pléthore de rumeurs au sujet des hommes qui rejoignaient la Swapo. Ceux qui, au village, avaient revu un de leurs proches, les retrouvaient tellement changés, méconnaissables, qu’ils les pensaient victimes de sorcellerie. Ils devaient les imaginer cuisinés dans un grand chaudron, macérant dans une décoction ayant le pouvoir de changer leur personnalité. On disait même qu’ils avaient le don de disparaître instantanément…..
Une fois arrivées, j’insistais auprès de ma mère pour aller m’acheter quelques biscuits. J’avais l’argent et il ne me manquait plus que son autorisation. Excentré, l’hôpital d’Oshikuku, se situait à 2 kilomètres du village. Ma mère, réticente dans un premier temps considérant que le chemin était trop long pour quelques bonbons ou biscuits, finit par me laisser y aller à condition de faire vite et de me coller, telle une tique aux groupes de gens que je croiserais sur la route. Je ne devais surtout pas marcher seule. Malheureusement, c’était un dimanche bien calme et je ne rencontrai personne avec qui faire la route. Arrivée au village, j’achetai mes friandises et repris aussitôt le chemin du retour. Je dégustais avec plaisir ces biscuits quand j’aperçus, dans un champ longeant le chemin, deux garçons qui venaient vers moi. Ils s’approchaient un peu trop et, à portée de voix, me demandèrent qui j’étais. Un frisson me parcourut, j’avais tout juste 9 ans, mais tout mon être me hurlait que ce que voulaient ces garçons ne me plairait pas du tout. Le danger imminent ne me fit pas paniquer. Au contraire, je restais très calme, et réfléchissais à toute allure pour trouver un moyen de les anéantir ou je ne sais quoi. Ils tournaient autour de moi, tels des prédateurs se délectant à l’avance de leur futur repas. Mais je n’étais pas décidée à me laisser manger et décidai que la meilleure tactique était de les menacer à mon tour : Arrêtez de faire ça, vous ne savez pas qui je suis ! Vous me voyez petite mais je ne suis pas petite. Je ne suis pas un enfant, je suis un guérillero. 
Ils se figèrent. Voyant ma menace faire de l’effet, je poursuivis, m’adressant au plus grand des deux : Et toi, ce soir tu verras, fais attention à ce que tu es en train de faire. 
Je vis son regard changer et il recula de deux pas. Son compagnon, plus jeune, n’avait pas suivi la scène et continuait à gesticuler jusqu’à ce que l’autre lui dise d’arrêter et qu’ils devaient laisser tomber. Ils s’éloignaient quand le grand se retourna pour me menacer : On va dire aux soldats qu’on a vu un guérillero ! 
Je hochai de la tête en guise de compréhension et lui rétorquai : Très bien, va dire aux soldats que tu m’as vue mais méfie-toi !

Vision…
Kassinga

Une nuit, ma mère fit un rêve. Un grand oiseau de métal (à l’époque, dans notre village, personne n’avait encore jamais vu d’avion, ni même d’hélicoptère) volait lentement au-dessus d’un camp de réfugiés. Elle sentit qu’il allait apporter la destruction et la désolation au sein de ce camp et qu’elle perdrait des gens qui lui étaient très proches. Dieu la mettait en garde, elle devait renoncer à son projet. Troublée mais confiante en son intuition et dans sa foi, elle tenta de prévenir les deux autres familles du danger, de les dissuader de partir et leur annonça que nous ne les accompagnerions pas. Elle essaya à plusieurs reprises de leur expliquer son rêve et la raison de son renoncement : le message que Dieu lui envoyait. Elle, qui motiva tout un chacun, qui orchestra cet exode jusque dans les moindres détails et qui, au bout du compte, les abandonnait.
Le jour J, les guérilleros arrivèrent et les emmenèrent vers l’un de leurs camps en Angola… sans notre famille. Environ 3 semaines plus tard, les Namibiens apprirent un des plus sanglants événements de son Histoire. Le 4 mai 1978, symbolisera à jamais le massacre de Kassinga. Ce camp, accueillant de nombreuses femmes et leurs très jeunes enfants fut la cible d’un raid aérien de l’armée sud-africaine qui porta à son tableau de chasse : 867 morts et 464 blessés.
Nous pleurâmes nos morts et les pleurons, encore aujourd’hui. Cette date, symbole d’une ineffable barbarie, restera à jamais gravée dans nos esprits.

L’exode…
Le grand Jour

Arriva le grand jour, un vendredi de juin et début des vacances d’hiver. Ma mère consciencieuse et se voulant discrète, attendit la fin des classes. Notre départ, ainsi, ne parut pas suspect aux soldats.
Le dernier jour d’école, les trois amies institutrices fermèrent leurs classes comme si de rien n’était. Puis, on se rejoignit tous dans la maison de l’une d’elles. Mes petites sœurs étaient déjà là parmi une ribambelle d’enfants et quelques jeunes femmes. Deux cousines confièrent à ma mère Marie et Tami, leurs filles aînées âgées de 16 et 19 ans pour l’aider à s’occuper des plus jeunes et profiter de cette fuite organisée. La nôtre comprise, trois familles furent réunies : trois mères ayant chacune leurs six enfants. Nous avons prié et chanté ensemble, puis ma mère s’adressa aux femmes et aux enfants en âge de comprendre :
- Même si l’expédition s’avérera dangereuse, je crois en l’avenir. Je sais au plus profond de moi que nous parviendrons au terme de ce voyage. Vous, les enfants, serez formés, instruits et, un jour, vous reviendrez au pays aider ceux qui sont encore dans la situation que nous connaissons aujourd’hui.
Malgré sa voix douce, ces mots étaient chargés d’une telle force que je pense ne pas être la seule aujourd’hui à m’en souvenir, encore et pour toujours.
Un jeune homme, le fils d’un villageois, nous attendait au volant d’un mini pick-up. Il prévoyait de faire deux voyages. Confiant aux aînées la responsabilité des petits, les mères attendirent, avec les bébés, le second convoi.
Camouflés sous une bâche, avec ordre de se taire, nous roulâmes près de deux heures. Collés les uns aux autres, j’entendais tout près de moi le chuchotement des uns, la respiration angoissée d’autres et le souffle régulier des enfants endormis. Le camion s’arrêta. Enfin libérés de notre toit de nuit, je vis que nous arrivions dans un kraal. Des hommes vêtus en uniforme de camouflage nous y attendaient. Amis ou ennemis ? Pendant quelques minutes, suffisamment longues pour imaginer le pire, le doute s’immisça dans nos esprits. Les tenues des guérilleros et des soldats sud-africains sont tellement similaires que seul un œil aguerri peut faire la différence. Je n’avais pas cet œil-là. Si ces hommes appartenaient à l’armée sud-africaine, au mieux, nous serions emprisonnés et, je refusai de penser au pire. Je n’imaginai pas ma mère capable de survivre au deuil de cinq de ses enfants…
Vers 19 heures, l’ordre de lever le camp fut donné. Notre famille ferma la marche ; une longue file indienne s’étira devant nous, à perte de vue. Je portai Niilo, ma plus jeune sœur âgée de 3 ans sur le dos et pris dans mes bras un sac en papier rempli de nourriture. Le maximum que nous pouvions emporter et qui, nous l’espérions, serait suffisant jusqu’à notre arrivée au camp. Maria l’une des deux jeunes cousines qui nous accompagnait s’occupa de Ndapandula tandis que, Taimi portait un de nos sacs de vêtements. Ma mère, qui souffrait énormément d’une jambe, ne put porter qu’une besace dans laquelle elle avait mis quelques draps. Très souvent, elle se retournait, comptait et recomptait ses filles. Hors de question d’en perdre une en cours de route ! Deux heures passèrent, puis trois. Ma sœur, bercée par le rythme de la marche, le silence et la nuit, s’endormit très vite. Comment peut-on être aussi lourde à 3 ans ? J’étais persuadée qu’elle ne pesait pas autant à notre départ ! Ses petites jambes martelaient mes hanches et mes muscles commencèrent à me faire souffrir. Je ne me sentais pas bien, mais me plaindre ou demander de l’aide dans une telle situation me sembla totalement incongru. 
Soudain, en un instant, tout fut par terre, moi y compris, ma sœur toujours sur le dos. Seule ma mère, que je précédai, vit la scène et m’aida à ramasser mon sac et son précieux contenu. Niilo entrouvrit un œil et confiante de nous voir, regagna les bras de Morphée. 
Une fois prêtes et assurées de n’avoir rien oublié, nous réalisâmes alors que nous étions seules dans une obscurité et un calme absolus…

Les chemins et les camps…

Le lendemain, deux camions vinrent à notre rencontre, mais ne pouvaient pas transporter tout notre groupe en un seul trajet. Le responsable du convoi prit la parole : Les véhicules sont réservés aux femmes et aux bébés. Ceux qui peuvent marcher me suivront Nous arriverons les premiers au camp car les camions devront faire un grand détour. 
La répartition se fit sans encombre : les plus jeunes enfants et ceux dont l’épuisement risquait de freiner le rythme, furent choisis en priorité et les autres, dont je faisais partie, se préparèrent à reprendre la marche.
Depuis longtemps déjà, les institutrices nous ressassaient inlassablement cette phrase : Vous voyez les enfants, tout là-bas, à l’horizon, au plus loin que votre regard peut porter, si vous êtes assez grands, vous pourrez peut-être apercevoir le mur blanc d’une très bonne école. Bercée, depuis toute petite, par ce leitmotiv, je ne pouvais attendre plus longtemps de voir ce mur blanc, ce temple dans et par lequel tous mes désirs deviendraient, comme par magie, réalité.
Pendant plusieurs nuits, on alterna marche, pour rallier un point, véhicules, puis à nouveau marche…
Nous consacrions nos journées au repos. Ne dit-on pas qui dort dîne ? Les réserves de chacun étant consommées depuis longtemps, les autochtones rencontrés sur le chemin nous donnaient de quoi survivre. Comment aurions-nous fait sans tous ces bienfaiteurs discrets, généreux, simples paysans ou villageois ?

Et si la foi…

Un soir, en sortant de sa tente, je croisai Lydia une fillette qui, au jugé, ne devait pas avoir plus de 7 ou 8 ans. Elle me retint par la manche et me demanda pourquoi j’étais si triste. Je lui expliquai que ma mère souffrait beaucoup et perdait, chaque jour, un peu plus ses forces. Sans préambule et d’une voix qui me paraissait bien trop grave pour son jeune âge, elle m’invita à la suivre.
Sans doute égarée par mon chagrin et plus sûrement naïve, je lui emboîtai le pas. Malgré l’interdit, nous sommes sorties du camp. Moi, d’ordinaire si respectueuse des règles et des lois, je marchais dans ses pas, tel un automate. Je n’espérais rien, n’avais aucune idée d’où nous allions et de ce que nous allions y faire, mais elle avait une attraction sur moi à laquelle je ne pouvais ni ne voulais me soustraire. Nous sommes parvenues au sommet d’une colline. La douceur du crépuscule nous enveloppait et une légère brise caressait nos visages, mais le chagrin m’anesthésiait, m’enveloppant de son linceul et me privait de tout autre ressenti. 
Lydia me demanda de m’asseoir face à elle : On va prier pour la guérison de ta maman, elle va guérir. 
Alors elle rassembla ses petites mains et pria : Jésus, je te remercie d’avoir guéri la maman de mon amie. Amen ! 
La foi sans condition de cette petite fille et la simplicité de sa prière me déconcertèrent, et ce n’est que par automatisme que je répondis : Amen.
Elle ne demandait rien… elle remerciait. Je n’avais jamais entendu pareille prière et, au plus profond de moi, je voulais tellement croire en son pouvoir. Ces quelques minutes en sa compagnie me redonnèrent plus que de l’espoir. J’étais à présent sûre que ma mère était guérie. Sa compassion, sa foi et sa pureté enfantines me sortirent de ma léthargie. Telle une aveugle recouvrant la vue, j’étais émerveillée par le spectacle que m’offrait dame Nature. La colline surplombait une vallée et la lumière extraordinaire du crépuscule portait aux nues chaque dessin de ce paysage, ses contours, ses lignes, ses pleins et ses déliés. Pour la première fois de ma vie, j’étais sensible à cette beauté, une sensibilité qui était restée, jusqu’à ce jour, latente. Je rejoignais ma baraque absente au monde qui m’entourait comme bercée par ce moment d’intense bonté. Etonnamment, je ne pensai plus à ma mère et m’endormis apaisée.

La faim, je connais…

La faim ne nous quittait jamais. Adolescents en pleine croissance, nous aurions pu engloutir des montagnes. Le pire était quand les convois ne parvenaient pas jusqu’à nous : les responsables avaient beau rationner au plus juste, quand les réserves étaient vides, le jeûne débutait.
Quelques semaines après mon arrivée à Kwanza Zul, la disette s’installa. Privilégiant mes jeunes sœurs quand un peu de nourriture nous était distribuée, je restais ainsi, une semaine en ne mangeant pratiquement rien. Un jour, du trop peu, je tombai malade. Néanmoins, je refusai d’en convenir car je devais à tout prix veiller sur mes petites sœurs. Pour ne pas les inquiéter, je simulai d’être bien, jusqu’au jour où la feinte devint impossible. Mes jambes refusaient de me porter et je m’avouai vaincue. Je m’alitai alors, terrassée par l’ennemi. La faim me tiraillait, mais l’épuisement semblait plus fort encore. Le sommeil était une douce échappatoire, excepté quand les crampes d’estomac me tiraient violemment de mes rêves. Mais Ndapanda alias Bazooka devait se battre. J’avais déjà vu des enfants abandonner tout espoir et se laisser mourir. 
Je me semonçai : « Ndapanda, on ne te donne pas, alors donne-toi ! »

La souffrance amène si loin…

A l’image des cantines, le magasin se retrouvait fréquemment cerné par de nombreux enfants, dans l’attente d’une ouverture exceptionnelle improbable. La fréquentation était telle que les responsables établissaient des listes afin de distribuer équitablement les arrivages. Plusieurs mois après mon arrivée, mon nom n’avait toujours pas été cité. Je marchais pieds nus depuis longtemps et manquais cruellement d’affaires. Bien que peu coquette, je devais avouer que tout ce qui me restait avait bien triste mine. Un jour, excédée, je me revigorai de mon leitmotiv : puisque l’on ne te donne pas, donne-toi. Pour la première fois, je me joignis aux enfants encerclant le magasin, mais au lieu d’attendre ce qui n’arriverait jamais, j’entrai directement. Pour un court instant, ma timidité avait disparu. Le magasinier habitué à ces tentatives m’interpella : Hé, toi, qu’est-ce que tu fais ici ?
Très poliment et le plus naturellement possible, je lui demandai de faire une exception, j’avais froid et je lui montrai mes pieds nus. à mon grand étonnement et sans même pinailler, il accepta mais m’avertit qu’il devait m’enfermer dans le magasin pendant l’heure de son déjeuner. Je me retrouvai donc seule dans cette immense foire à tout. Il n’y avait pas eu d’arrivage depuis longtemps, et le choix s’avérait restreint. Ce sera toujours mieux que mes haillons ! Alors, profitant de ce moment de solitude, je cherchai méthodiquement ce qui me faisait défaut.
La priorité revenait bien sûr aux chaussures et, après quelques minutes, mon regard se porta sur une botte verte en caoutchouc. Je l’essayai. Chouette cette botte est à ma taille ! Bon maintenant, il me fallait trouver son binôme. Malgré mes recherches minutieuses, je ne parvenais pas à mettre la main sur cette seconde botte. L’heure tournait et je savais que le magasinier n’allait pas tarder à revenir. Mon regard balayait la montagne de chaussures quand une superbe botte rouge, orpheline elle aussi, attira mon regard. C’était un pied droit qui m’allait comme un gant ! J’enfilai donc la seconde botte, ravie de ces pieds bicolores. Je profitai des dernières minutes pour dénicher quelques chemisiers trop grands et des pulls pour mes sœurs.
De retour, le magasinier ne put s’empêcher de sourire en remarquant mes pieds si étrangement chaussés. Il me regarda, découvrit ma mine réjouie et s’abstint de tous commentaires. Au sortir du magasin, je déambulai dans la rue centrale du camp, très fière de ma nouvelle acquisition. En cette période difficile, des petits riens devenaient de grandes choses.

Peur… 

Ce soir-là, regroupées autour de ces sources lumineuses, nous avons décidé de faire la chasse aux puces. La douleur et les démangeaisons étaient telles que, souvent, elles nous tiraient du sommeil. Nous recherchions les œufs que les puces pondaient sur nos couvertures à la propreté douteuse et parfois même sous la peau. Leur lieu de prédilection et de délectation se situait entre les orteils de pied. Concentrée sur ma tâche, je mis un moment avant de m’apercevoir que quelqu’un s’approchait de notre baraque. Un homme que, dans la pénombre, je ne reconnaissais pas. Je pris une lampe et leva le bras pour essayer de mieux le discerner. Je hasardais un : Monsieur, qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?
Sans réponse, j’insistai et restai à nouveau face à un silence pesant. Mes camarades, soudain muettes et inquiètes, se rassemblèrent progressivement autour de moi. Il s’approcha et je repérai très vite le fusil qu’il portait à l’épaule et, dans une de ces mains, un grand sac de jute apparemment vide. Il avançait toujours, refusant de se présenter. Je sentis la panique me gagner et criai pour alerter une Mama qui logeait non loin de nous. Je ne connaissais pas son nom, mais tout le monde l’appelait la Mama de Georges : Mama de Georges ! Mama de Georges, venez vite !

Se débrouiller pour vivre…

Arrivée à destination, je suivis tout le monde dans un entrepôt et toute la journée je récupérai des vêtements, des chaussures et encore des savons. Je prenais pour toute ma tribu : mes sœurs et mes amies. Au fur et à mesure, j’improvisais des sacs avec des vêtements.
Je remarquai aussi, sur le chemin du retour, que certains ramenaient du poisson. Supposant que j’allais rester ici un certain temps, je pourrais le sécher avant de le ramener à Kwanza Zul. Le soir, je demandai à Esther si je pouvais l’accompagner le lendemain pour récupérer du poisson. Au petit matin, je la suivais, pas à pas, et passais sans aucune pirouette le contrôle. Le port, les docks et surtout cette étendue d’eau à perte de vue, m’impressionnaient terriblement. Le bateau sur lequel je devais aborder n’avait, lui non plus, rien de rassurant. Il bougeait énormément, chahuté par les vagues, mais j’avais une mission et une fois passée cette passerelle branlante, j’accomplis ma tâche et récoltai un joli lot de poissons.

L’école et après… 

J’étais dans une classe assez avancée et si une bourse ne m’était pas rapidement accordée, je serais dans l’obligation de rejoindre un camp d’entraînement. Démunie de patience depuis la naissance, je voulais partir au plus vite, et pour cela, je n’avais pas d’autre choix que de provoquer le destin.
Un matin à la parade, le responsable du camp entama la lecture d’une liste de 500 enfants destinés à partir dans un camp en Zambie réputé pour son excellente école. Magano ainsi que Tamko, très bonnes élèves, étaient citées. Chaque enfant appelé partit faire son paquetage pour ensuite rejoindre les camions. Chaque camion rempli prenait le départ sans plus attendre. La situation devint vite chaotique, tout le monde courait dans tous les sens, même les enfants assignés à rester furent pris dans le tourbillon. Vers 11 heures, les 500 noms étaient appelés. L’excitation de tous ceux qui attendaient que leur nom soit cité retomba comme un soufflé et, peu à peu, la déception du nombre ramena le calme dans la foule. Seuls les heureux partants couraient informer leurs proches. Cette fois encore, je ne figurais pas sur la liste.

Détermination… 

Ma classe comptait une vingtaine d’adultes ayant déjà une expérience professionnelle dans le domaine commercial. Certains mêmes avaient déjà créé leur propre société. à côté de ces chefs d’entreprises passés et à venir, ma petite expérience à Okahadja semblait bien anodine, voire insignifiante ! Même mon français ne me parut pas à la hauteur. Les jargons et argots employés en cours ou dans les couloirs entre étudiants, m’affublaient à nouveau du rôle de vilain petit canard, et noir en plus.

La réussite se limite à notre imagination et nos efforts…
Encore plus loin

Bien que très satisfaite de mon travail, je décidai, comme je me l’étais fixé, de reprendre mes études. Ambitieusement, je jetai mon dévolu sur un MBA (Master of Business Administration). Mes connaissances se révélèrent insuffisantes, et même, à des années lumières du niveau requis. Pour pallier à cela, on me proposa de suivre deux années d’études en Management. C’est aussi à cette période que je tombai enceinte, histoire de corser un peu plus la chose. Je dus jongler entre les pics hormonaux et la préparation au certificat de Management. En 2000, au lieu de me présenter aux examens que je repoussai de quelques mois, je donnai naissance à mon petit Laurent, beau comme un métis, bouclé, le teint mat et les yeux bleus de son père.
Suivit le diplôme. Une année si riche en nuits blanches par les pleurs de la 8e merveille du monde et mes heures d’études après des journées de travail harassantes que je faillis capituler. Enfin parvenue au cursus du Master, j’étudiai à la maison le soir et, très souvent, le week-end grâce à des supports de cours sur Internet.

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